Un drame conjugal sanglant s’est produit dans la nuit de jeudi à vendredi à Kribi, faisant deux morts. Cet énième féminicide s’inscrit dans une inquiétante série de violences conjugales meurtrières qui endeuillent le Cameroun.
Les faits
Vers 1h du matin, les voisins du quartier sont réveillés par de violentes disputes entre un couple dont les altercations étaient devenues quasi quotidiennes. Quelques minutes plus tard, des détonations retentissent. Quand les secours arrivent sur place, ils découvrent deux corps baignant dans une mare de sang.
Ebwa Johnson, gardien de prison, s’est présenté au domicile de sa compagne, Enama Marie, arme au poing. Il l’a abattue à bout portant avant de retourner l’arme contre sa propre tempe. Les deux jeunes gens meurent sur le coup. La dépouille d’Enama Marie a été transportée à l’hôpital régional de Kribi.
La victime, matelot de première classe, était affectée à la base navale de Kribi après une formation militaire à Koutaba. Son compagnon, qui avait quitté son foyer conjugal pour elle, ne supportait pas, selon des sources locales, qu’elle entretienne une relation avec un autre militaire au sein du camp où elle résidait.
Acte prémédité sur fond de jalousie
Tout indique qu’Ebwa Johnson avait longuement mûri son geste. Avant de passer à l’acte, il aurait évoqué les supposées infidélités répétées de sa compagne pour justifier sa décision d’en finir avec leurs deux vies. Une jalousie obsessionnelle qui, au lieu d’être canalisée ou traitée, a débouché sur l’irréparable.
Ce schéma est malheureusement classique dans les féminicides : un homme qui se perçoit comme trahi, qui n’accepte pas de perdre le contrôle sur sa partenaire, et qui choisit la violence extrême plutôt que la séparation. La possession supplante le sentiment, et la vie de l’autre devient négociable.
Le Cameroun en proie à une vague de violences conjugales meurtrières
Ce drame survient dans un contexte particulièrement alarmant. En quelques semaines à peine, le pays a été frappé par une série de crimes conjugaux d’une brutalité sidérante. À Yaoundé, en raison d’infidélités de son mari, une mère a tué ses trois enfants avant de mettre fin à ses jours. À Boumnyebel, un homme a assassiné sa compagne, soupçonnée d’infidélité. À Sangmélima, un homme a tué sa conjointe et laissé son corps se décomposer dans leur chambre commune pendant plusieurs jours.
Ces faits divers, qui s’accumulent à un rythme préoccupant, ne sont pas de simples accidents tragiques. Ils révèlent une profonde crise des relations conjugales et, plus largement, une incapacité collective à gérer les conflits autrement que par la violence. Le sang devient, pour certains, l’unique réponse à la douleur, à la jalousie ou à l’humiliation ressentie.
Des causes profondes, des réponses insuffisantes
Derrière ces drames se cachent des réalités que la société camerounaise peine encore à nommer clairement : la culture du contrôle masculin sur les femmes, l’absence de mécanismes efficaces de prise en charge psychologique des couples en crise, et la banalisation d’une violence qui, souvent, s’installe progressivement avant d’exploser.
Les structures d’écoute et d’accompagnement existent à peine. Les victimes de violences conjugales disposent de peu de recours concrets. Les auteurs de menaces ou de violences répétées sont rarement pris en charge avant qu’il ne soit trop tard. Et lorsque la tragédie survient, l’émotion collective dure le temps d’un post sur les réseaux sociaux, avant que tout ne reprenne comme avant.
Il est temps d’en parler autrement
Les violences conjugales ne sont pas une fatalité. Elles ne sont pas non plus une affaire privée. Chaque femme tuée par son compagnon est le résultat d’un échec collectif : celui d’une société qui n’a pas su détecter les signaux d’alerte, protéger la victime, ou orienter l’auteur vers une aide appropriée.
Le Cameroun a besoin d’une politique publique sérieuse en matière de prévention des violences domestiques : des lignes d’écoute accessibles, des structures d’hébergement d’urgence pour les femmes menacées, une formation des forces de l’ordre à la prise en charge des situations à risque, et une éducation dès le plus jeune âge au respect de l’autre et à la gestion non violente des conflits.
Enama Marie avait une vie, une carrière, un avenir. Elle est morte parce qu’un homme a estimé avoir des droits sur elle. C’est inacceptable. Et cela ne devrait plus jamais être traité comme un simple fait divers.
Oudiar
Kribi, un gardien de prison tue sa compagne militaire et se donne la mort

