Société

Enseignants absents, le Cameroun paie plus de 1 000 professeurs d’université expatriés

Plus de 1 000 enseignants d’université camerounais perçoivent leur salaire intégral depuis l’étranger sans dispenser le moindre cours sur le territoire national. Ce phénomène, révélé par des sources administratives récentes, représente un double préjudice pour le pays : un gaspillage budgétaire considérable et un obstacle majeur à la formation de la jeunesse.
Répartis dans les huit universités publiques du pays, ces professeurs bénéficient d’une rémunération mensuelle prélevée sur les deniers publics, alors que leurs services profitent à d’autres nations. Cette situation contraste cruellement avec la réalité des campus camerounais, où les amphithéâtres débordent d’étudiants et où le nombre d’encadreurs disponibles atteint des niveaux critiques.
Nébuleuse
L’analyse des dossiers révèle plusieurs catégories de situations irrégulières. Certains enseignants bénéficient de missions académiques initialement temporaires, mais reconduites pendant des années sans limite claire. D’autres travaillent pour des organisations internationales sans avoir formalisé leur détachement auprès de leur institution d’origine. Une troisième catégorie cumule les congés techniques ou sabbatiques dont la régularisation n’a jamais été finalisée.
Cette confusion administrative permet une anomalie flagrante : des virements bancaires effectués à Yaoundé ou Douala financent des prestations intellectuelles rendues à Paris, Montréal ou Washington. Le système fonctionne ainsi à l’envers, l’État camerounais subventionnant indirectement le renforcement académique de pays développés.
Conséquences
L’impact de cette situation dépasse largement la dimension budgétaire. Les enseignants restés au pays supportent une surcharge de travail épuisante pour compenser les absences, compromettant la qualité pédagogique et la production scientifique. Les conditions d’apprentissage se dégradent mécaniquement, pénalisant des milliers d’étudiants.
Par ailleurs, chaque poste théoriquement occupé par un absent bloque l’embauche de jeunes docteurs formés et disponibles. Cette situation génère une frustration croissante parmi les diplômés qualifiés qui ne trouvent pas d’opportunités d’insertion professionnelle, alors même que les besoins en encadrement sont criants.
Dans un contexte économique tendu où l’État prône l’austérité budgétaire, le maintien de ces avantages indus apparaît comme une injustice insupportable aux yeux de nombreux Camerounais, particulièrement la jeunesse.
Les autorités universitaires et gouvernementales annoncent désormais des mesures correctives. Des recensements physiques et des actualisations de fichiers sont lancés périodiquement pour clarifier les statuts et détecter les irrégularités. Le discours officiel insiste sur la dimension éthique de cette démarche, présentée comme un assainissement nécessaire de la fonction publique.
Toutefois, de nombreux observateurs s’interrogent sur l’efficacité réelle de ces initiatives. Comment un dysfonctionnement d’une telle ampleur a-t-il pu s’installer durablement? Les critiques pointent la lenteur administrative, l’absence de systèmes informatiques performants et peut-être un manque de volonté politique pour affronter certains intérêts.
Enjeu
Le secteur de l’enseignement supérieur constitue un pilier fondamental du développement économique et social du Cameroun. Son bon fonctionnement requiert la présence effective de ses ressources humaines qualifiées. Un système où une part significative du corps enseignant se trouve à l’étranger tout en bénéficiant des émoluments nationaux ne peut produire les résultats escomptés.
La résolution de cette situation exige davantage qu’un simple ajustement administratif. Elle nécessite une rupture claire avec les pratiques laxistes du passé et l’affirmation d’un principe de responsabilité. Le pays ne peut durablement financer sa propre hémorragie intellectuelle sans compromettre ses perspectives d’émergence. Les ressources publiques doivent servir prioritairement ceux qui contribuent effectivement au développement national.
Oudiar

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