Société

Mundemba, un enseignant-militaire tué dans son établissement scolaire

Le département du Ndian, dans la région du Sud-Ouest camerounais, a été le théâtre d’un drame qui a profondément choqué l’opinion publique nationale le 25 novembre 2025. Le caporal-chef Mboutgam, qui combinait ses fonctions militaires avec un engagement bénévole dans l’enseignement, a perdu la vie lors d’une attaque armée survenue au lycée technique de Mundemba.
Les événements se sont déroulés aux alentours de midi, alors que l’établissement fonctionnait normalement. Le caporal-chef se trouvait dans une salle où il assurait ses activités pédagogiques lorsqu’un commando de militants séparatistes lourdement équipés a investi les lieux. Les assaillants ont rapidement encerclé le bâtiment, semant la terreur parmi les occupants. Profitant du désordre ambiant, ils ont localisé leur cible et l’ont abattue sans possibilité de défense.
Au service de l’éducation
La victime, originaire de Koumelap dans l’arrondissement de Koutaba (département du Noun), à l’ouest du pays, avait fait le choix courageux de mettre ses compétences au service des jeunes générations dans une zone particulièrement instable. Malgré les tensions persistantes qui caractérisent cette partie du territoire depuis plusieurs années, il avait accepté de contribuer à la continuité du système éducatif dans des circonstances difficiles.
Son engagement illustrait la volonté de certains acteurs de maintenir l’accès à l’instruction même dans les contextes les plus précaires, incarnant ainsi une résistance pacifique face à l’adversité.
Questions sur le dispositif sécuritaire
L’un des aspects les plus troublants de cette tragédie concerne l’attitude adoptée par d’autres militaires présents sur place. Des témoignages concordants rapportent que ces éléments, théoriquement affectés à la protection de l’institution scolaire, se seraient éloignés précipitamment dès l’ouverture du feu, laissant le caporal-chef sans assistance face à ses agresseurs.
Cette défaillance présumée soulève de sérieuses préoccupations quant à l’efficacité des mesures de protection mises en œuvre dans les établissements éducatifs situés en zones de tensions. Elle interroge également sur la formation, la motivation et les moyens dont disposent réellement les forces déployées pour sécuriser ces espaces sensibles.
Stratégie
Cet acte meurtrier s’inscrit dans une logique inquiétante où les infrastructures éducatives et leurs acteurs deviennent des objectifs délibérés. En visant un individu qui incarnait simultanément l’autorité de l’État et la transmission du savoir, les auteurs de cette attaque ont cherché à frapper un double symbole.
Cette tactique vise manifestement à paralyser le fonctionnement des institutions républicaines et à dissuader toute présence éducative dans les territoires contestés. Elle reflète une escalade dans la violence qui ne distingue plus les civils des acteurs de sécurité, pourvu qu’ils représentent l’administration centrale.

Face à cette nouvelle perte, les communautés locales, les familles endeuillées et l’ensemble des professionnels qui continuent d’exercer dans ces conditions périlleuses attendent davantage qu’une simple compassion. L’absence de communication officielle claire et de mesures concrètes génère une frustration grandissante.
Le sacrifice du caporal-chef Mboutgam appelle une réaction à la hauteur de l’enjeu : renforcement effectif de la sécurité des personnels en zone sensible, clarification des protocoles d’intervention, et surtout, une volonté politique affirmée de garantir que les acteurs de l’éducation ne soient plus abandonnés face à la violence.
Au-delà de l’émotion légitime, cette disparition tragique doit servir de catalyseur pour une réflexion profonde sur la protection de ceux qui, malgré tout, font le choix du courage et du service public. La nation camerounaise ne peut se contenter de pleurer ses héros ; elle doit impérativement les protéger.
Oudiar

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