La région de l’Ouest du Cameroun fait face à une situation éducative critique qui menace la qualité de l’enseignement et l’avenir de milliers d’élèves. Un recensement effectué par les autorités académiques régionales révèle une absence massive d’enseignants à leurs postes, un phénomène qui prend des proportions alarmantes.
Hémorragie
Le 19 décembre 2025, le Délégué Régional de l’Éducation de base pour l’Ouest, Omer Destin Kuimi Tatchou, a rendu public un état des lieux préoccupant : 637 enseignants ne se présentent plus dans leurs établissements d’affectation. Cette désertion touche l’ensemble des départements de la région, de la Mifi au Noun, en passant par les Bamboutos et le Haut-Nkam.
Le phénomène ne se limite pas à un type d’établissement particulier. Les lycées d’enseignement général, les établissements techniques et les Centres d’enseignement technique industriel et commercial (Cetic) sont tous concernés par cette vague d’absences. Cette situation est d’autant plus critique que l’enseignement technique constitue un maillon essentiel dans la stratégie de développement industriel du pays et la formation de compétences pratiques chez les jeunes.
Conséquences
L’ampleur de cette crise dépasse largement le cadre d’un simple problème administratif. Les répercussions s’observent à plusieurs niveaux du système éducatif et affectent différents acteurs.
Pour les élèves, cette situation se traduit par une perte considérable de temps d’enseignement. Les programmes scolaires ne peuvent être achevés dans les délais prévus, compromettant ainsi la préparation aux examens officiels. Dans certains établissements, des matières entières ne sont plus enseignées faute d’enseignants présents, créant des lacunes qui affecteront durablement le parcours académique des apprenants.
Les enseignants restés à leurs postes subissent quant à eux une pression accrue. Ils doivent souvent assurer des heures supplémentaires pour tenter de compenser les absences de leurs collègues, une situation qui génère épuisement professionnel et baisse de la qualité pédagogique. Cette surcharge de travail n’est pas tenable à long terme et risque d’entraîner un effet domino si d’autres enseignants choisissent à leur tour de déserter leurs fonctions.
Du point de vue de l’État, cette situation représente un double préjudice. D’une part, un gaspillage de ressources financières, puisque des salaires sont versés à des agents qui n’exercent pas leurs fonctions. D’autre part, un échec dans la mission fondamentale de formation d’une jeunesse compétente et compétitive, indispensable au développement socio-économique du pays.
Mise en demeure
Face à cette situation qualifiée d’abandon de poste collectif, la délégation régionale a opté pour une approche qui combine fermeté et possibilité de régularisation. Un ultimatum a été lancé aux enseignants concernés, leur accordant jusqu’au 8 janvier 2026 pour se manifester.
Les conditions de régularisation sont précises : les personnels absents doivent se présenter physiquement à la Sous-direction des Affaires générales située à Bafoussam, chef-lieu de la région. Ils devront fournir des justificatifs prouvant leur présence effective à leur poste d’affectation ou, à défaut, des explications valables sur leur absence prolongée.
Le discours officiel insiste sur la dimension civique et patriotique de la fonction enseignante. L’engagement au service de la nation ne peut se limiter à des déclarations d’intention ; il doit se concrétiser par une présence assidue et un dévouement quotidien à la mission éducative. Dans un contexte où le système éducatif camerounais fait face à de multiples défis, l’assiduité des enseignants devient un enjeu de souveraineté nationale.
Sanctions
Passé le délai du 8 janvier 2026, les autorités ont annoncé le déclenchement d’une procédure disciplinaire rigoureuse à l’encontre des récalcitrants. L’arsenal répressif prévu comprend plusieurs mesures graduées selon la gravité et la durée de l’absence.
La première sanction envisagée est la suspension de solde, qui priverait immédiatement les enseignants absents de leur rémunération mensuelle. Cette mesure administrative peut être mise en œuvre rapidement et vise à créer une pression économique sur les contrevenants.
Pour les cas les plus graves ou les absences les plus prolongées, des procédures de licenciement ou de révocation pourraient être engagées. Ces sanctions définitives entraîneraient la perte du statut de fonctionnaire et la fin de carrière dans l’enseignement public. Les autorités justifient cette sévérité par la notion de “trahison” envers les élèves de la région, un terme fort qui souligne la dimension morale du problème au-delà de son aspect administratif.
Si les chiffres de cette désertion sont désormais connus, les causes profondes du phénomène demeurent multiples et nécessitent une analyse approfondie. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation préoccupante.
Les conditions de travail difficiles dans certains établissements, notamment ceux situés en zones rurales ou enclavées, constituent un premier élément explicatif. L’éloignement géographique, l’absence d’infrastructures de base, le manque de logements décents et l’isolement social peuvent décourager les enseignants affectés dans ces localités.
La question des retards ou irrégularités dans le paiement des primes et indemnités est également souvent évoquée dans le milieu enseignant. Lorsque les compensations financières promises pour l’exercice en zones difficiles ne sont pas versées régulièrement, la motivation des enseignants s’érode progressivement.
Certains enseignants peuvent également avoir choisi de s’installer dans d’autres régions pour des raisons familiales ou personnelles, sans pour autant entreprendre les démarches officielles de mutation.
Enfin, le développement du secteur éducatif privé offre parfois des opportunités mieux rémunérées ou des conditions de travail plus attractives, incitant certains enseignants du public à abandonner leur poste sans démissionner formellement.
A.O
Éducation nationale, 637 postes d’enseignants vacants

