Politique

Le remaniement ministériel annoncé plonge le pays dans la paralysie

Depuis l’annonce d’un remaniement gouvernemental « imminent » par le président Paul Biya le 31 décembre dernier, le Cameroun fonctionne au ralenti. Les administrations publiques sont en mode attentiste, les services tournent au minimum, et l’incertitude politique paralyse les initiatives.
Les couloirs des ministères sont inhabituellement silencieux. Les dossiers stagnent, les décisions sont différées, et même les responsables désertent leurs bureaux. Cette léthargie généralisée s’explique par un climat d’incertitude : difficile de rester mobilisé lorsque l’avenir professionnel devient flou et que le maintien aux affaires reste hypothétique.
Le gouvernement actuel, conduit par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, affiche désormais sept ans et un jour d’existence ce 4 janvier 2026. Certains membres de l’équipe ministérielle cumulent même 21 années consécutives au même poste, témoignant d’une stabilité qui confine à l’immobilisme.
Cette longévité, si elle peut témoigner d’une expérience certaine, a également ses revers. La routine s’installe, l’esprit d’initiative s’émousse, et l’administration adopte une posture défensive privilégiant la préservation des acquis au détriment de l’innovation. Or, les citoyens attendent précisément le contraire : une administration dynamique, tournée vers la résolution concrète de leurs problèmes quotidiens.
Communication présidentielle inédite
L’annonce publique et directe du remaniement par Paul Biya marque une rupture avec ses habitudes protocolaires. Cette communication inhabituelle, accompagnée de la diffusion d’images du président entouré de parapheurs, renforce l’idée d’un tournant imminent et amplifie la fébrilité dans les cercles gouvernementaux.
Dans son allocution du 31 décembre, le chef de l’État, âgé de 92 ans et au pouvoir depuis 43 ans, avait été explicite : « Je n’ai pas de peine à reconnaître qu’en dépit du bilan appréciable que je viens de vous présenter, des efforts soutenus doivent encore être engagés sans délai pour améliorer de manière significative vos conditions de vie. C’est ce à quoi s’attèlera en priorité le gouvernement que je vais mettre en place dans les prochains jours ».
Plusieurs jours après cette promesse, le décret se fait toujours attendre. Des rumeurs ont circulé évoquant la transmission du texte à la radiotélévision d’État par la Garde présidentielle, mais ces informations seraient contestées par certains ministres concernés et leurs relais au sein de l’appareil sécuritaire.
Attentes
Au-delà de la dimension technique, ce remaniement revêt une forte portée politique. Les citoyens camerounais attendent que la composition du nouveau gouvernement reflète le verdict des urnes et traduise en actes les orientations annoncées pendant la campagne électorale.
Le président Biya a placé son huitième mandat, entamé le 6 novembre 2024, sous le signe de la promotion des femmes et des jeunes. Un premier signal a été donné avec la nomination de Marie-Claire Dieudonnée Nseng-Élang au poste de Procureure générale près la Cour suprême, dans la foulée du discours d’investiture.
Dans un système où l’exécutif concentre l’essentiel de l’action publique, le gouvernement constitue le premier miroir politique d’une élection présidentielle. Pour beaucoup de Camerounais, c’est à ce niveau que se mesurent concrètement la réalité démocratique et la capacité du pouvoir à transformer un scrutin en gouvernance visible et cohérente.
Contexte
Cette paralysie administrative survient à un moment critique. L’inflation continue sa progression, l’insécurité s’aggrave, et quatre des dix régions du pays sont confrontées à une crise sécuritaire persistante. Le climat postélectoral reste tendu, notamment avec les revendications du camp d’Issa Tchiroma Bakary qui conteste les résultats du scrutin.
Les investisseurs, quant à eux, observent avec prudence cette période d’incertitude politique qui retarde les prises de décision stratégiques et ralentit les projets structurants dont le pays a besoin.
Si l’imminence du remaniement mobilise l’attention, une interrogation plus fondamentale traverse l’opinion : un simple changement de visages suffira-t-il à transformer un système de gouvernance vieux de plus de quatre décennies ?
Pour de nombreux observateurs, le défi dépasse largement la question des personnes. Sans évolution des mécanismes institutionnels et des pratiques de gestion publique, les résultats risquent de rester identiques. Le Cameroun dispose de compétences avérées, mais c’est d’un renouvellement en profondeur de sa vision politique et de ses méthodes administratives qu’il a besoin.
En attendant, seul Paul Biya détient les clés du calendrier. Le pays demeure en suspens, partagé entre l’espoir d’un souffle nouveau et le scepticisme quant à la capacité réelle d’une nouvelle équipe à infléchir durablement la trajectoire nationale dans un cadre systémique inchangé.
Oudiar

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