Société

Naufrage sur le Mbam à Guerima, cinq morts et un pont qui n’existe toujours pas

Cinq personnes ont perdu la vie, dont quatre membres d’une même famille originaire de l’Ouest du Cameroun, venus célébrer une dot dans le village Manga, dans l’arrondissement de Ngoro, département du Mbam-et-Kim.
Les faits
Ce dimanche entre 11h30 et 12h00, le groupe de retour de la cérémonie arrive sur la rive du fleuve Mbam, à bord de trois véhicules — deux pickups et une Toyota Yaris. Là, une mauvaise surprise les attend : le bac est en panne, une fois de plus.
Attirés par un îlot visible depuis la rive, neuf membres du groupe décident d’emprunter la pirogue d’un certain Ambatta pour rejoindre ce site touristique de fortune. Quelques minutes après le départ, l’embarcation se renverse au large, sous les yeux impuissants des personnes restées à terre.
Le piroguier prend alors la fuite à la nage, abandonnant ses neuf passagers à leur sort. Ce n’est qu’après les cris des riverains qu’une chaloupe appartenant à un nommé Abou est mobilisée pour les secours. Cinq naufragés sont repêchés vivants. Quatre autres disparaissent dans les profondeurs du Mbam.
Les éléments de la Gendarmerie nationale n’arrivent sur les lieux que deux heures plus tard, avant d’ouvrir une enquête. Pendant ce temps, selon des témoins, la famille hôte procède à des prières et des rites traditionnels pour que les corps remontent à la surface.
Le bilan officiel, cinq morts, sept survivants.

Drame annoncé
Ce qui s’est passé à Guerima, à 120 kilomètres de Yaoundé, n’est pas un accident ordinaire. C’est l’aboutissement logique d’une négligence d’État qui dure depuis des décennies.
Le fleuve Mbam constitue la frontière naturelle entre deux des plus importants bassins agricoles de la région du Centre : le Mbam-et-Kim et le Mbam-et-Inoubou. Relier ces deux départements ne repose, à ce jour, sur aucun pont. Seulement sur un bac vieillissant, régulièrement en panne, qui force les populations à risquer leur vie sur des pirogues de fortune.
Depuis l’indépendance du Cameroun en 1960, aucune infrastructure pérenne n’a été construite sur cette traversée vitale. Soixante-cinq ans de promesses non tenues. Soixante-cinq ans pendant lesquels des Camerounais ont traversé ce fleuve au péril de leur vie pour aller aux champs, au marché, à l’école, à une fête de famille.

Faute politique
Ces cinq personnes ne sont pas mortes par fatalité. Elles sont mortes parce qu’un bac en panne n’a pas été réparé à temps. Parce qu’aucun pont n’a jamais été construit. Parce que des décideurs, locaux comme nationaux, ont pendant des années détourné le regard de cette réalité.
La question se pose avec une acuité douloureuse : combien de morts faudra-t-il encore pour que l’État agisse ? Combien de familles devront être brisées avant que ce cycle mortifère de négligence soit enfin interrompu ?
En attendant, une famille de l’Ouest pleure ses morts. Et le fleuve Mbam, indifférent, continue de couler.
Oudiar

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